Utilisation de labyrinthes virtuels vs réels, quelles implications pour l’étude des troubles cognitifs dans la schizophrénie ?

Kouloud Abichou, Laboratoire Mémoire et Cognition, Institut de Psychologie, Université Paris Descartes, Boulogne Billancourt, France

Delphine Preissmann, Center for Psychiatric Neuroscience, Department of Psychiatry, Lausanne University Hospital, CH-1008 Prilly, Switzerland

Pascale Gisquet, Institut des Neurosciences Paris-Saclay, Département Cognition & Comportement Université Paris-Sud, France

Françoise Schenk,  Laboratoire Mémoire et Cognition, Institut de Psychologie, Université Paris Descartes, Boulogne Billancourt, France

Marion Depré, Institut des Neurosciences Paris-Saclay, Département Cognition & Comportement Université Paris-Sud, France

Léa Bertholet,  Laboratoire Mémoire et Cognition, Institut de Psychologie, Université Paris Descartes, Boulogne Billancourt, France

Philippe Nuss, Service de Psychiatrie et de Psychologie médicale, CHU Saint-Antoine AP-HP, Paris, France & UMR 7203 Sorbonne Universités CNRS – ENS Laboratoire des Bio molécules, Paris, France

Charles S Peretti, Service de Psychiatrie et de Psychologie médicale, CHU Saint-Antoine AP-HP, Paris, France & Paris VII – Denis Diderot, Paris, France

La schizophrénie est une maladie mentale hétérogène dont la symptomatologie varie selon les patients. On décrit à côté des manifestations cliniques historiques – telles que le délire/hallucinations, l’autisme et les troubles du cours de la pensée -, des troubles neuro-cognitifs qui sont associés au devenir fonctionnel du patient. L’hétérogénéité du trouble a conduit à l’identification d’endophénotypes visant à identifier des sous-groupes plus homogènes de sujets malades, notamment avec des atteintes neuro-développementales possiblement communes. Dans ce contexte, l’étude de signes neurologiques mineurs (Neurological Soft Signs ou NSS) est un biomarqueur clinique fréquemment utilisé. Dans la présente étude, nous avons tenté de corréler ce cluster NSS (+ vs -) avec des compétences cognitives issues de la passation de tests de mémoire spatiale utilisés chez l’animal (comme le radial maze) (Bertholet & al, 2014).

Les patients atteints de schizophrénie ont été testés dans deux versions de ces tests de mémoire, l’une demandant une intégration sensorielle forte (labyrinthe tactile) mais offrant une vision globale du labyrinthe de test et l’autre sous forme de labyrinthe virtuel sur ordinateur. Bien que ces deux tâches semblent a priori identiques (retrouver quatre bras renforcés sur 8), les résultats sont très différents si la tâche a été effectuée en réel (labyrinthe tactile, déplacement du bras) ou sur ordinateur (labyrinthe virtuel, déplacement d’un curseur). En effet, les patients ayant peu de NSS (NSS-) ont une performance équivalente à celle du groupe contrôle dans le labyrinthe réel. En revanche, ils présentent des déficits marqués dans la version virtuelle. Les patients ayant un score élevé de NSS (NSS+) présentent quant à eux des déficits dans les deux versions de ces labyrinthes. Ces deux tests apparemment équivalents semblent occasionner des difficultés différentes en faisant appel à des processus cognitifs distincts.